dimanche 5 avril 2015

"Lettre à une ombre passante" texte de William



Souviens-toi, les rues de Paris étaient sous ce voile gris lumineux qui donne plus de charme aux silhouettes qu’un soleil écrasant. Alors que tu venais de croiser mon chemin, tout juste devant moi, tu marchais d’un pas alerte, la tête ailleurs peut-être et mon regard, sans y prendre garde, vint se frotter au balancement régulier de tes hanches. Envouté par la sensuelle rondeur de tes fesses sous une fine jupe suffisamment ample pour les laisser deviner plus que dessiner, je veillais à maintenir la distance exacte qui me permettait de m’en repaitre à loisir.

Brusquement, ton pied glisse sur une plaque de fonte encore humide après le passage des services d’entretien de la ville. Ta main droite se saisit à la volée du rétroviseur d’une camionnette garée sur la chaussé, tu crois éviter la chute, il tourne sur lui-même et tu tombes dans mes bras, ouverts par un réflexe qui m’étonne encore.

Ce qui advint ensuite, nous le partageons mais comment ne pas t’avouer, le mot est mal choisi car il laisse entrevoir l’idée d’une faute, non il s’agit plus ici de reconnaitre et de partager, l’impression sensible qui m’a traversé plus qu’effleuré lorsque ton corps chaud, d’abord tendu puis rassuré, lourd du soulagement d’avoir évité la douleur d’une chute, s’est laissé, un instant fugace, abandonné contre le mien.

Évidement, cette douceur n’a pas duré, les conventions et autres hypocrisies socialement responsables, nous ont tous deux remis dans le droit chemin. Tu t’es confondu d’excuses ; je t’ai répondu, comme pour mieux m’en convaincre, que tout cela était bien normal. Et comme je t’aidais à ramasser le contenu de ton cartable éparpillé au sol, j’ai même trouvé le courage inouïe, malgré ma timidité maladive, de te proposer d’aller boire un café pour nous remettre de nos émotions.

En avais-tu besoin ou as-tu accepté seulement par gratitude ; peut-être le saurais-je un jour ? En tout cas, grâce à ton naturel vif et joyeux, nous avons beaucoup plaisanté dans ce petit bistrot comme si cet entretien entre deux inconnus, nous poussait l’un comme l’autre, à rire pour ne pas se poser plus de questions. Et somme toute, nous nous serions séparés sans plus d’égard, si une vive souffrance ne t’avait pas saisie alors que tu te levais. Ta cheville, enflée, désormais refroidie, venait de te rappeler à l’ordre. Tu habitais à côté, je t’ai accompagné, canne de fortune dans des circonstances qui pour le coup a priori ne prêtaient plus à badiner.

Je n’avais pas d’obligation ce matin là. Alors, galant, boyscout, ou sans même en avoir conscience, incapable de te quitter, me voilà, après t’avoir confortablement installé dans ton canapé, à la recherche d’une pharmacie dans ce quartier inconnu, désireux de trouver la pommade salvatrice qui te rendrait le sourire et moi m’offrirait la joie d’être utile, efficace, chevaleresque ! Que l’esprit humain aime à se bercer d’illusions. Derrière mes velléités de gentleman, tu sais comment tout cela a fini et j’aime à croire que tu ne le regrettes pas. Je t’ai quitté endormie, le visage apaisé, lumineux… qu’en fût-il à ton éveil ?

D’ailleurs, de quoi te souviens-tu ? Nous avons échangé si peu de mots à mon retour de l’officine. Visiblement tu avais pris un fort analgésique, tu fumais, les yeux encore rouges, tu paraissais ailleurs, calme, délassée même, le regard perdu à l’infini ; tu me compris à peine lorsque que je t’indiquais la posologie de l’onguent que je me proposais de t’appliquer. Je pris pour un oui, la jambe tendue vers moi. Tu n’avais pas eu le courage ou l’idée t’enlever tes chaussures et c’est alors que je m’aperçus qu’en sus d’elles, il me faudrait ôter des bas ou des collants. Oups, tu n’étais déjà plus en état de m’y aider, encore moins de le faire par toi-même, tu semblais assoupie, le souffle lent, la bouche légèrement ouverte, les paupières closes.

Seul ou presque, plus rien ne me pressait à intervenir ; je pris donc le temps de t’observer. Offerte, tu l’étais à mon regard, j’étais loin alors de penser que tu le serais aux plaisirs. J’étais là, benêt, un tube de crème dans une main, une chaussure dans l’autre. Parce que tu as gémis très légèrement, je revins sur terre sans reprendre pour autant tous mes esprits. Seul l’instinct, semble-t-il, me poussait à agir. Mes doigts s’approchèrent alors des fines mailles noires qui gantaient la jambe blessée. Par effleurement lent, ils remontèrent sur le mollet, puis comme pris de pudeur passèrent sur le genou avant de se glisser sous la jupe, le long de la cuisse pour s’arrêter net à la lisière tendue du bas et de la peau encore cachée à mon regard.

La jarretelle sauta assez vite à ma grande surprise ; moi qui redoutais de te réveiller à force de maladresse. Alors, la maille libre de rouler sur elle-même sous la pression continue de mes deux mains, libéra ta chair totalement blanche à l’exception de l’hématome qui justifiait ma présence. Tu étais prête à être soignée. Souvent, à la vue de mes paumes larges, j’étais l’objet de moqueries, parlant de mains de masseur, c’était l’occasion d’être à la hauteur de ma réputation. Je m’appliquerais donc consciencieusement à te passer la pommade. Et dès les premiers allers-retours, qui seraient toujours plus amples, j’ai bien senti que tu allais y trouver un soulagement.

Larges, ouvertes, glissantes aussi, mes mains ne m’appartenaient plus. Comme portées par l’épiderme lorsque le bout des doigts, légers comme des plumes, effleurent en cercles concentriques une surface de plus en plus étendue afin qu’une chair de poule naisse et que mille petites érections envahissent l’espace, les voilà guidées irrésistiblement de plus en plus haut, vers l’entre jambes, de plus en plus chaud, humide bientôt comme un orage d’été. Car dans ton demi-sommeil, tu les appelais, cuisses frissonnantes, à venir aborder les doubles lèvres offertes de ton sexe gonflé que l’étoffe de ton string ne réussissait plus à couvrir.
Ma queue était trop douloureuse, serrée sous la pression de mon jean autant que du boxer tendu par une érection qui n’en finissait pas de concentrer un flux sanguin qui semblait ne jamais ne devoir s’arrêter comme si tout mon fluide vital s’accumulait là pour ne plus en sortir. Il me fallait libérer mes mains, délivrer ma verge, affranchir mes couilles… Alors, la tête couverte par le tissu froissé de ta jupe, le nez collé à ton clitoris en petits pressions rapides, insistantes ou câlines et la langue plongée dans ton antre trempée, je me branlais lentement en buvant goulument ton jus au rythme de tes gémissements. Le temps ferait bientôt son œuvre mais à cet instant même, il se diluait dans une autre dimension où seule existait la mélodie enivrante d’une ode à la jouissance du corps, délivré de toute retenue.

Avant mon départ, de crainte de t’arracher à la béatitude où tu étais plongée, je n’ai osé remettre de l’ordre dans ta tenue, ni cacher le bas où mon sperme s’était répandu à force de t’entendre râler car c’est bien par ta voix, passant de l’aigu au grave, que mon foutre m’a quitté dans un dernier soupir. Mille excuses donc d’être parti comme un voleur qui abandonne sur les lieux de son crime, les indices qui le confondront. Coupable je le suis, condamné le serais-je ? C’est à toi, mon juge, d’en décider. Tu seras mon bourreau, je peux être ton esclave, offert à ton désir désormais consciemment consentant, prêt à investir tout ce que tu m’offriras à découvrir, à consommer, à consumer.

Tu fus une ombre passante, tu peux le rester ou bien choisir d’ouvrir au soleil tes pétales et plonger tes racines dans ma chair enflammée. Je serais toute la semaine, les matins, à notre table, dans ce petit bistro où nous avons tant ris.

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