lundi 1 juin 2015

des extaordinaires "presque-rien" : une rencontre dans le metro



Pas encore infidèle, mais déjà bien lassée de ma relation, je commence à lorgner sur un des passagers habituels que je croise tout les matins en allant en formation. Lui aussi a ses petites habitudes bien rodées car, comme moi, il arrive à peu prés toujours à la même heure dans le même wagon que moi. Nous nous étions déjà vus un jour où j'étais particulièrement bien mise en valeur...
Nos regards s'étaient croisés plusieurs fois déjà et en ce matin d'été encore un peu frais. Des retards sur la ligne avaient forcé les voyageurs à se tasser sur le quais et s'enfourner dans le wagon comme des brutes pour être sûrs de ne pas être en retard au travail. Coïncidence ou non, je me retrouvai tout prés de mon convoité compagnon de voyage. Nous tenions la même barre, sa main au dessus de la mienne dans la foule qui nous pressait irrémédiablement l'un contre l'autre. Ses doigts se sont aventurés sur les miens timidement. Aussitôt mon corps parcouru de frissons se met à monter en température et l'envie de fermer les yeux manifeste déjà mon appétence au plaisir. Sait-il que ses effleurements sur mes doigts me font bouillir et que je prie pour qu'il ose d'avantage? Ma main cramponnée à la barre voudrait, en dépit de la foule présente, pouvoir lui transmettre toute la passion qui m'anime en cet instant. Je me doute déjà que ce bel homme, jeune métisse en cravate, bien propre sur lui, tiraillé entre la timidité et l'audace n'osera rien de plus, à mon plus grand regret; à la station suivante l'espace se libère un peu et nous serions moins discrets. Sa main ne me cherche plus et même si en descendant du train je lui lance un regard coquin, je crains qu'il soit malheureusement effrayé rien qu'à l'idée de pouvoir me plaire.
En arrivant au centre de formation, je fais part à mes amies du déroulement de mon trajet. Toutes ou presque veulent savoir ce que je vais faire - « et alors? » Voilà que sans le savoir elles deviennent les instigatrices de toute une machination qui s'opère dans ma tête pour savoir comment faire pour aller plus loin, d'autant plus que le temps presse : en effet les dernier jours de l'année avant les grandes vacances sont tout proches. Une fois que j'ai cette idée, plus rien ne m'intéresse. Au lieu de travailler je passe l'après-midi et la soirée à rêvasser et frissonner encore en repensant à cet instant plein de délicatesse. Je me demande qui il est, j'aimerais tellement en savoir plus... quand une idée farfelue germe dans mon esprit : profitant du dernier jour de cours où nous commencions une heure plus tard, je me prépare comme à mon habitude pour ne pas semer le doute chez mon compagnon officiel et je pars à l'heure prévue pour retrouver mon beau métisse sur le quai. Un peu inquiète, je me suis habillée plus court que d'habitude, j'espère surtout qu'il sera là « comme convenu ». Il m'est arrivé, les jours précédents, de ne pas le voir - faute d'avoir pu être à l'heure ou faute de pouvoir l'attendre sur le quai plus longtemps comme il m'arrivait de le faire parfois. Mais ce jour là j'ai le temps, un heure exactement, et je compte bien en profiter pour la passer en sa présence.
Il arrive, élégant comme toujours, en costard. Il me voit, et je sens un malaise par la distance qu'il préfère garder. Pourquoi ne vient-il pas vers moi? Il a peur... ne sait-il pas qu'il me plaît? Il doit en avoir le cœur net pour être rassuré et se lancer, sans doute... toutes les questions se bousculent en même temps que les gens sur le quai. Le train rugit lentement avant d'ouvrir ses portes dans un claquement métallique. Je marche aussi, en même temps que le groupe, pour le suivre dans la même rame. Nous sommes un peu trop éloignés pour nous voir. Les stations suivantes vont, comme à son habitude, libérer des flots de voyageurs et leurs valises laissant plus de place à ceux qui poursuivent vers l'est de Paris.
Tout comme nous d'ailleurs... enfin je jubile car je me trouve assise à bonne distance pour le voir en face. Je savoure d'autant plus que je sais que ce sera la dernière fois que je le vois, car ensuite le centre de formation sera fermé et je n'aurai plus aucune raison de me lever si tôt pour m'engouffrer dans les souterrains puants de la capitale.
Il sait que je le vois et cela n'arrange pas son malaise, mais je ne peux m'empêcher de vouloir vérifier s'il me regarde aussi. Enfin il tente un regard, mais se détourne vite. Très timide. Quelle audace remarquable lui a pris le jour où il a osé me toucher la main dans la foule? Je ne saurais dire si c'est bien le même homme, mais pourtant si, sans aucun doute, nous avons pris le train ensemble presque tous les matins... Peut-être que sa femme attend un enfant et qu'il s'est promis de ne plus jouer les séducteurs? Il n'a pas d'alliance mais est ce que cela veux dire quoi que ce soit de nos jours?
La station à laquelle je descends habituellement arrive et contrairement aux autres fois je ne me rapproche pas de lui en me levant vers la sortie. Je reste assise et lui, incrédule, m'interroge du regard. Il n'aura en réponse que mon sourire amusé et mes yeux rieurs qui n'ont décidément pas envie de se détourner de lui. Il rougit. Ma respiration se fait plus ample comme si je profitais par chaque inspiration de ce que je vivais. Quoi au juste? Presque rien, juste lui et moi assis l'un en face de l'autre pour la dernière fois, une histoire platonique qui n'aura sûrement jamais de suite, à mon grand désespoir. Mais c'est bien mal me connaître que de croire que je renonce si vite. Lorsqu'il se lève à la station suivante, je lui emboîte le pas discrètement pour savoir où il va. Quel plaisir, mais quel plaisir... je suis une espionne, je le suis à quelques mètres de distance dans un univers qui m'est inconnu mais que lui, fréquente quotidiennement avec aisance. Il se faufile dans les couloirs et je le perds de vue un instant. Non, c'est bon, il est là, près de la sortie, juste à temps j'arrive derrière lui et quand il se retourne un peu pour me tenir la porte, se fût la stupéfaction. Sans se démonter, il su trouver le courage de me tourner le dos et de presser le pas vers ce qui était sans doute son lieu de travail. Un peu démoralisée, je continue cependant de le suivre. Quelques rues plus tard il pianote un code sur une façade moderne et s'immisce dans le bâtiment en ne regardant pas derrière lui. Que faire... je fouille dans mon sac et je griffonne à la hâte un petit mot avec mon numéro, des fois qu'il change d'avis... Le papier à dû tomber et s'envoler sans doute car rien sur le mur ne pouvait le retenir.
Je m'en retournais, pour le dernier jour, avec mes collègues, à parler de nos futures vacances avec nos chéris respectifs... Le cœur gros de n'avoir su charmer au-delà d'une petite caresse sans conséquences, au fil d'un voyage, ce bel homme qui m'inspirait tant de pensées suaves. J'aurai tant aimé que l'on puisse se revoir autour d'un verre, ne se dire presque rien avant de laisser nos corps se parler plus amplement. La chaleur de l'été me fait souvent tourner la tête et ce soir là en revenant, me sentant plus garce que jamais, j'en avais un peu marre de ne trouver que des hommes impressionnables. Alors comme pour abuser de ce nouveau pouvoir je me surprends à le tester sur le premier venu qui se trouve assis en face de moi. Pauvre homme, mais non... c'était juste un jeu. Un jeu de regard entre son entrejambe et moi. Prenant un air espiègle j'y fixais mon attention avec un sourire qui s'accentuait à chaque fois que je percevais une réaction sous le tissu. Le type se lève, regarde son pantalon pour vérifier qu'il n'y a rien à y voir d'amusant puis se rassoit avec sa trique un peu plus libre pointant vers moi. Mon sourire à peine contenu, je lui parle inaudiblement de mon envie de la voir se tendre et prendre plus de place. Je bouge les lèvres imperceptiblement comme pour parler à sa queue, la flatte de mon regard langoureux, sans jamais daigner prêter la moindre attention à l'homme, hormis juste avant de me lever et partir le laissant encombré d'une érection peu discrète et d'un teint brillant de sueur.

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