vendredi 2 octobre 2015

L'interview d'Eva Delambre





Eva Delambre, l'auteur de « Devenir Sienne » et « L'Esclave », 
nous emmène au travers de ses récits envoutants 
dans les méandres de la dévotion sexuelle. 

Elle nous parle de son expérience de femme amoureuse qui va petit à petit se découvrir curieuse, l'envie d'explorer les possibles de l'inconnu, se révélant dans un potentiel de soumission auprès de son guide, allant de plus en plus loin dans le dépassement.


En lisant des extraits de ses deux ouvrages déjà parus aux éditions Tabou et de son prochain roman « l'éveil de l'ange », j'ai été immédiatement transportée par son écriture. Elle s'attache à décrire son ressentie avec une telle ferveur, qu'on s'imagine facilement à sa place et c'est un réel plaisir que de pouvoir découvrir une expérience B.D.S.M. par le biais d'un récit tel que celui d'Eva. 

Un petit extrait pour vous mettre en appetit?

"La bougie continua longtemps de consteller mon corps de gouttes de cire, puis ses mains retrouvèrent la moiteur d’entre mes cuisses. Il se pencha sur moi et me mordilla l’oreille avant de murmurer « Tu m’appartiens. Ressens-le au plus profond de toi.». Je me cambrais dans un soupir de plaisir, convaincue que j’aurai pu jouir ainsi. De ses mots. De ma condition. J’avais beau être celle qui se soumettait, celle qui se rabaissait, jamais je ne m’étais sentie autant exister, aussi importante, aussi vivante. Je ressentais cette appartenance avec une violence presque effrayante. Mon désir et mes envies de vivre toutes ces sensations me dépassaient parfois complètement, me laissant une impression de non-contrôle inquiétante. C’était comme un vertige. Je lâchais prise, ne cherchant plus à gérer quoi que ce soit. Je m’en remettais à lui. Je m’abandonnais"


Impressionnée par tant de dévotion, c'est avec respect que je m'adresse à elle car je considère celles qui se font appeler « soumises » comme les détentrices d'un véritable pouvoir de fascination. Je me pose mille questions à son sujet et c'est en choisissant mes mots que je vais l'interviewer.  


Bonjour Eva, vos récits semblent parler de vous. Sont-ils inspirés de votre vie ? Quelles sont les parts de vécus dans vos écrits? 


Au risque de décevoir, et même si je suis Soumise, il ne s’agit ni de moi, ni de mon histoire. Mes romans ne sont pas autobiographiques, mais j’aime parfois y glisser certaines scènes ou juste quelques situations que j’ai pu vivre. J’aime garder le mystère sur la part de vécu et la part de fiction. Par contre, il est vrai que dans les ressentis et la façon d’appréhender les épreuves, je me base beaucoup sur mes propres émotions. J’ai tendance à décrire la manière dont je réagirais, même si je ne fais qu’imaginer la scène. On dira donc que je projette assez souvent une partie de moi dans mes personnages. 



Le rôle de soumise est-il quelque chose qui vous accompagne en continu ou est-ce que cela se limite dans le temps ou l’espace ?


Je ne crois pas que l’on puisse parler de « rôle », on « est » ou on « n’est pas » soumise. À mon sens, se soumettre à un Maître n’est pas quelque chose que l’on peut faire par intermittence. La notion d’appartenance est importante. Elle est totale, profonde, je dirai même qu’on ne la commande pas. Elle s’impose à soi. On se sent possédée ou non. Si c’est le cas, alors on ressent en permanence sa condition de soumise, même s’il n’y a pas toujours la présence physique du Maître. Cependant, je conçois que chacune puisse vivre sa soumission comme elle l’entend, il n’y a pas de règles ou du moins il ne m’appartient pas de les éditer. En la matière, je ne juge pas, tant que l’épanouissement est réel, et la situation vécue volontairement en conscience. 


Il semble y avoir chez le personnage un réel plaisir à remettre sa vie entre les mains de son maître.Il y a t'il une satisfaction psychologique à s'identifier en soumise? 


Décider de se soumettre est un acte fort. Contrairement à ce que beaucoup pensent, il faut une grande force de caractère et beaucoup de volonté pour suivre cette voie. Le niveau d’exigence d’un Maître implique des efforts permanents, renouvelés. On ne se contente pas d’obéir. La démarche tant physique que psychologique est une voie difficile, remplie de doutes mais aussi et joies immenses. Alors bien sûr, parvenir à son vœu le plus cher, celui d’appartenir à celui qu’on aura choisi comme Maître est une grande fierté, une source de satisfaction et d’épanouissement. Bien au-delà du sexe. 


Comment perceviez-vous le milieu B.D.S.M. avant de commencer à écrire ?


 Je ne connaissais pas vraiment le milieu BDSM avant d’écrire, mais sans doute que je sentais en moi des perceptions de soumisssion qui n’en portaient pas encore le nom. Ce sont mes mots qui m’ont fait découvrir le « milieu BDSM ». Lorsque j’ai commencé à écrire Devenir Sienne, j’ignorai tout ou presque de ces pratiques. J’écrivais des situations qui m’excitaient, simplement. Une chose en entraînant une autre, je suis allée de plus en plus loin, et j’ai commencé, en parallèle, à découvrir tout cet univers en me documentant, en questionnant, en rencontrant ces hommes et ces femmes qui m’ont montré les lieux, les pratiques, jusqu’à trouver mon Maître qui m’a initiée. 

Qu'est ce qui est venu en premier dans cette histoire, l'amour ou la soumission? 

Dans devenir Sienne, je dirai que c’est le désir pour l’autre qui peu à peu est devenu amour, tout en évoluant dans la soumission. Par contre, dans L’Esclave, le cheminement est différent, le désir de soumission est très fort dès le départ alors même que Léna ne connait pas réellement celui qui devient son Maître, les sentiments viennent par la suite.


L'amour doit-il être douloureux ? 


 Pas du tout, non. La douleur physique fait partie des actes, entre autres, qui se pratiquent dans le SM. On peut être soumise et ne pas pratiquer le SM. On peut ne pas aimer la douleur, mais simplement la supporter si le Maître impose cette épreuve. Chacun a sa façon de pratiquer et d’aimer, l’important est de trouver l’équilibre qui permet de vivre la relation en parfaite alchimie. Ce qui est loin d’être facile, mais si cet équilibre est atteint, il est envoûtant 

Y a-il une différence d'intensité entre une relation de soumission et une relation classique vis à vis du plaisir ? Est-ce que le plaisir est moindre sans la contrainte de la soumission ? 

 Encore une fois, c’est propre à chacun. Certaines personnes disent ne plus pouvoir imaginer avoir de relations « vanilles » et ne pratiquer que le sexe qu’en mode BDSM, d’autres sauront et aimeront trouver un équilibre entre les deux, et parfois, certains décident de ne plus pratiquer et de retourner à une vie uniquement « vanille ». Les plaisirs sont différents. Le côté cérébral et psychologique aura sans doute plus d’impact lors d’une relation BDSM, car beaucoup de choses entrent en compte, bien au-delà du sexe. Certaines soumises trouveront bien plus de plaisir à se prosterner aux pieds de leurs Maîtres ou en les servant, qu’en ayant un rapport sexuel, même de qualité. Il s’agit d’orgasmes intérieurs, parfois intenses, qui sont appelés « sub space » dans ce monde. Je ne crois pas qu’il y ait d’équivalent à cela dans les relations vanilles 

Pourrait-on dire de ces pratiques qu'elles peuvent être addictives selon vous ?


 Je le pense oui, et j’en ai fait plusieurs fois l’allusion dans mes romans. Les émotions et les sensations sont très fortes et très particulières. Le désir de les ressentir à nouveau, encore et encore, se fait alors très présent. Cette addiction peut aussi avoir des effets néfastes car certaines soumises seront peut-être moins vigilantes quant au Maître qu’elles choisiront pour pouvoir assouvir leur addiction. Beaucoup d’hommes profitent de ces situations alors qu’ils ne sont absolument pas Maîtres mais de médiocres usurpateurs qui ne disposent d’aucunes des qualités physiques et mentales d’un vrai Dominant. Ces hommes-là ne se préoccupent en rien de l’équilibre et de la sécurité de celles qui se donneront à eux. C’est un danger qui guette de nombreuses prétendantes en mal de soumission. Il faut se garder de cela malgré cette envie énorme, et toujours essayer d’en savoir plus sur celui qui s’arroge le « titre » de Maître. 

Et pour finir, je me demande si la relation maître soumise est vraiment à sens unique ou si la soumise ne détient pas une sorte de pouvoir sur son maître? 



Comme dans toutes les relations humaines, il y a des échanges et un équilibre à trouver, mais je ne crois pas qu’une soumise puisse se sentir véritablement soumise si elle a le sentiment d’avoir un « pouvoir » sur son Maître. Pour moi en tout cas, ce serait impossible. Mon Maître dispose de moi et je le sers comme Il le veut sans me poser de question, ni chercher à mesurer mon emprise en retour. Ce serait contre nature. Mon seul et vrai « pouvoir » face à Lui est de pouvoir reprendre ma liberté quand je le veux, puisque ma relation est consentante. Ce sujet est en effet très souvent mis sur la table. La soumission ne « s’intellectualise » pas, elle se vit, au fond de son âme. Dès lors qu’on se pose cette question, je crois qu’on est autre chose que « soumise »

Merci beaucoup Eva d'avoir répondu à mes questions, en te souhaitant plein de lecteurs pour ton prochain roman "L'Eveil de l'ange" paru aux éditions Tabou.  


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