jeudi 9 juin 2016

Dans les cordes de Daniel Nguyen

Photographe Daniel n Guyen
Modèle : Anouchka





Daniel Nguyen est un auteur érotique, il a publié de nombreuses fois aux éditions la Musardine des nouvelles dans la collection "Osez". A l'automne, sera publiée dans le recueil du Prix de la Nouvelle Érotique des Avocats du Diable aux éditions du Diable Vauvert une nouvelle où il parle de shibari.
 
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Écrivain mais aussi photographe et shibariste, c'est autour de la photo, des cordes mais aussi de l'écriture que nous entamons la conversation pour aboutir à une éventuelle séance de cordes photographiée dans son atelier parisien. C'est la première fois que je vais être entre les mains d'un spécialiste et mon appréhension dissimulée derrière une dose d'audace, je me présente au rendez-vous sans me douter du sort qu'il me réserve. Lui non plus d'ailleurs, ne sait pas encore ce qu'il va faire de moi et préfère s'adapter que de planifier.


Il commence par m'attacher les cheveux. Nue, je me place recroquevillée par terre et lui attrape ma tignasse et la noue avec une corde sur toute sa longueur. Ses gestes sont minutieux et précis, fermes et assurés.

Dès le début, les cordes placées autour de ma poitrine me compriment tellement que je ne respire plus que par petites insufflations, ma voix sera bientôt difficilement audible. La douleur est très vive, présente et je sens que cela va être la règle, le jeu consiste à ne pas faire cela tendrement. Ma jambe à présent repliée sur elle-même est nouée, cela s’appelle un futumomo inspiré de Kinoko. Cela me met en équilibre, il tire sur une autre corde et me voilà en semi-suspension.


Il me fait un chausson de Bingo sur le deuxième pied et le suspend lui aussi. Me voilà tirée par les pieds, la tête en bas, bras dans le dos et jambe repliée. Pour une première, c'est une surprise pour lui comme pour moi de voir que nous tentons des choses pareils des la première séance. J'en suis encore toute retournée.

Les traces sont jolies comme on dit, bien nettes, car bien posées. C'est vrai qu'il faut connaitre son corps, l'anatomie, le placement des nerfs... à l'origine cet art japonais s’inspire des connaissances des points vitaux pour faire justement mal aux prisonniers.




























J'ai vu par moi-même qu'il ne s'agit pas d'ornementation induite par des considérations esthétiques, mais plutôt un art de vivre, dans un rapport martial, dans un rapport à la souffrance et au plaisir dont je suis encore bien novice.

Si mon corps a su faire preuve d'humilité, mon esprit quant à lui est resté encore bien résistant au lâcher-prise.






Interview in situ

Anouchka : -"Comment t'es venue cette passion pour les cordes et le shibari en particulier, pourrais tu nous parler de ton parcours? "

Daniel : - " Mon premier contact avec les cordes s'est fait à l'âge de 13 ans, lors d'une démonstration d'Hojojustu (capture à l'aide d'une corde) pratiquée par un maître d'Aïkido au dojo de judo où je pratiquais depuis 7 ans. Puis, plus rien. J'ai réellement commencé en 2004, suite à une exposition des photos d'Araki au Carousel du Louvre. 

A l'époque, il n'y avait presque rien sur le sujet, un seul site français en parlait un peu et un seul livre d'enseignement traduit de l'américain avec des photos affreusement éclairées et mise en scène. J'ai donc commencé seul, empiriquement, au sol, avec du néoprène, du lacet, des cordes de chanvre, durant une dizaine d'années, en faisant mes propres recherches documentaires et historiques, distinguant clairement les cordes intimes des séances avec mes modèles photo. 

Après une pause d'une année, il y a deux ans, j'ai travaillé avec une modèle qui pratiquait le shibari en suspension. Grâce à elle, j'ai repris et j'ai construit mon portique en bambou. Depuis, j'ai intégré les cordes en jute et repris ma série Shibari initiée en 2004. Le shibari (attacher en japonais) est devenu plus populaire et des maîtres japonais viennent régulièrement donner des cours et présenter leur travail lors de performances auxquelles j'assiste autant que possible. Ma recherche est avant-tout créative, dans un esprit qui reste imprégné des arts martiaux et des origines de l'hojojustu (capture, torture, punition), imprégnée de ma culture entre l'Occident et l'Asie : je suis eurasien. Je considère le shibari comme une pratique sportive autour du corps, à deux, comme un randori, qui commence au sol, peut s'élever, pour ensuite redescendre.

 Il implique autant le corps que l'esprit et demande une grande confiance mutuelle."

Anouchka : "Merci Daniel pour ce partage, cette découverte pratique et théorique, car c'est comme cela que j'aime expérimenter."


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1 commentaire:

  1. Les cordes, la lumière, les photos de Daniel, votre ressenti et vos émotions, un bel article sur la shibari.

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