lundi 15 juin 2020

"Nudité intense"


Frederick avait l’œil alerte et la bouche entre-ouverte sur un sourire effrayant de perversité lorsqu'il passait avec régularité la lame de son "coupe-choux" comme il aimait l'appeler, sur la pierre à affûter. Ses dents blanches et brillantes scintillaient, l'étincelle passait brièvement sur l'iris de son œil plus ouvert que d'ordinaire. Il avait l'air de réfléchir à ce qu'il allait faire et comment m'intriguer, me faire peur. Je n'osais à peine penser que l’affûtage de cette lame me fut un jour destiné. C'est qu'il savait comment induire et introduire d'abord en moi ses pensées pour me faire croire qu'elles avaient germé d’elles-mêmes sans qu'un habile jardinier ne les ait cultivées.

Dans cette chambre verte, les murs sont tapissés de papiers peints aux motifs de bambous et nénuphars. J'étais allongée sur le grand lit encastré dans un coin, en face d'une fenêtre ouverte sur un grand laurier, ses branches où se cachaient des merles chanteurs, entraient presque à l'intérieur de la maison lorsqu'on ouvrai les volets. Les yeux rivés sur le plafond, j'attendais avec appréhension le contact de la lame sur la partie la plus vulnérable de mon corps. Pourquoi m'étais-je laissée convaincre? Comment avais-je pu céder, confiante dans la prudence ou inconsciente du danger? Avais-je vraiment besoin de frissonner, de prendre le risque de lui en vouloir à jamais si par une malheureuse maladresse il m'avait entaillé? 

La question de la pilosité se posait à chaque fois que je savais que l’œil ou la langue allait s'approcher un peu trop près, au point de fouiller dans les moindres recoins. Alors la crainte de déplaire, car tout devait être impeccablement taillé au cordeau, millimétré, graphique et symétrique pour être digne d’intérêt. C'est presque toujours un sentiment de pudeur honteuse lorsque je sais qu'une fois mes sous-vêtements retirés, seront visibles mes petits poils poussant de manière anarchique. Il n'y a qu’après des mois de vie commune que cela ne compte presque plus et qu’indifféremment du moment de la repousse, toutes les pratiques sont permises.

Justement, cette fois j’étais en période de jachère, ne m'étant pas préparée pour l'occasion mais ne sachant refuser l'opportunité d'un moment câlin lorsqu'elle se présente, je profite de la vie en saisissant chaque instant comme si c’était le dernier au risque de passer pour une fille sans vertu ni dignité. Qu'importe, je vis. Il avait préparé son matériel comme un barbier, toujours avec ses yeux pleins de malice, il contemplait mon entre-jambe où se dessinait la ligne entre-ouverte de mon sexe offert à ses talents d'explorateur. C'est à peine s'il n'avait pas mis sa lampe frontale comme pour partir en mission de spéléologie. Il commença par poser sa main toute entière, mouillée d'eau chaude sur l'ensemble de ma vulve avant de mélanger les poils glissants de mousse à raser du blaireau aux miens ne se doutant pas qu'ils ne pourraient bientôt plus pousser d'avantage. La chaleur humide me dilatait et je m'ouvrais. Délicat passage et abondance de mousse blanche dans laquelle mon clitoris timide disparaissait. Mes poils telle une petite forêt de sapins sous la neige s'arrondissaient et se courbaient sous les passages répétés du blaireau que Frederick s'amusait à faire tournoyer. 
Le moment fatidique arrivait : celui où la lame se poserait de biais et raclerait tout ce qui dépasse de l'épiderme. J'avais véritablement peur. Je pensais à l'excision, aux fois où en me rasant les jambes avec un rasoir neuf, j'avais éraflé mes genoux et comme le sang était rapide à couler en goûte continue traçant une ligne sinueuse vers le carrelage de la douche en s’effilant dans l'eau. 
Il serait fâcheux de penser que n'importe qui, arrivant avec une lame à la main, me donnerait envie de vivre cela. Le jeu avec la peur ou le danger était possible parce la relation de confiance pré-existait au risque et non l'inverse. 
Frederick passait par petits gestes précis, sans trop appuyer, avec tout juste ce qu'il faut d'angle pour dégager la peau lisse. J'entendais le crissement des poils sous le métal coupant, puis les clapotis de l'eau lorsqu'il rinçait sa lame et j'osais alors seulement à ces moments là, respirer un peu. Il maîtrisait, passant avec délicatesse du mont de venus aux grandes lèvres, redescendait lentement jusqu'à l'anus. Je fus assez vite toute lisse, encore plus imberbe qu'avant ma puberté, je me sentais dénudée et offerte comme jamais. L'eau me semblait brûlante, glissante de mousse à raser mêlée des fluides produits par mon corps, les gouttelettes humides perlaient sur la serviette posée sous mes fesses. Ma peau semblait respirer l'air frais comme s'il soufflait dessus, réveillant quelques contractions et gémissements au passage de savoir sa bouche si près du but. J’étais prête, rassurée autant qu'excitée que le jeu se termine et que d'autres contacts puissent enfin commencer.
Texte écris dans le TGV le 7 juin par Anouchka avec l'aimable relecture et correction d'Eric, Sonia Saint Germain et Kilt Chris. 

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