vendredi 7 juillet 2023

vendredi 12 mai 2023

initiation au massage tantrique





Connaissez-vous le tantrisme, le tantra?


Moi je ne connaissais pas trop à part de nom, j'avais dans l'idée que c’était un truc indien, mon esprit se peuple vite d'images du Kama Sutra.

Voilà que sur le site de rencontre où je suis inscrite, un jeune homme me propose de venir tester un massage tantrique. Intriguée, je vais voir sa fiche : on a le même age, ses photos...il a l'air normal, je regarde les témoignages : il y en a plein, les filles ont l'air comblées de bonheur. Plus d'hésitation, on commence à faire connaissance et on se fixe un rendez-vous.

J'arrive toute nerveuse avec quarante minutes de retard, chez lui à Paris. Son accueil dans son sublime appartement me laisse sans voix quelques instants. Il est proche et me saisis par les épaules pour me décaler lorsque je contemple la vue, pour me montrer l'énorme Tour Eiffel non loin de là.

Après avoir échanger quelques banalités, il m’emmène dans sa chambre et m'explique comme cela va se dérouler. Sur le grand lit il y a trois grandes serviettes grises étendues pour m’accueillir.

Il a la bonne idée de mettre du chauffage, me dit qu'il utilise de l'huile d'argan, qu'elle a tendance à durcir lorsqu'il fait froid, il en verse un peu dans un petite coupelle.

Il me dit qu'il faut pour ce massage, être complètement relâchée, détendue, hypotonique. Il prend mon bras et le secoue, voyant ma légère résistance à me laisser aller, il me dit "non", j'essaye de me détendre "non" de me relâcher au maximum en soufflant, rien n'y fait. Il lâche mon bras qui retombe lourdement. On y est presque. Il me dit qu'il vaut mieux fermer les yeux, je tacherai de m'en souvenir.

Je tourne en rond en me tordant les mains avant de demander :

-"j'imagine que je dois me déshabiller quand même?"

-"Ha oui, on va se mettre tout nus"

Chacun se déshabille, lui plus vite que moi, je lutte avec mon pantalon serré au mollet.

Encore en sous-vêtements, je porte mes affaires toute chiffonnées en boule. Il me propose de les poser sur une espèce de sculpture en bois faite pour ça, les prend et les remet à l'endroit, les pose et me dit qu'il faut tout retirer. Je lui confie mon soutiens gorge et mon string rose.

Il me dit qu'on va s'installer en tailleur l'un en face de l'autre sur les serviettes.

Comme si on était naturellement naturistes, on s'installe en se regardant dans les yeux pudiquement.

-"Tu va venir t’installer sur moi"

Je commence à déplier mes jambes et me hisser en prenant appuie sur mes bras mais il me dit:

-"non, il faut se traîner"

alors j'essaye mieux, de me traîner comme il dit...je m’installe les jambes autour de sa taille, mes fesses sur ses cuisses chaudes, je sens qu'il n'est pas loin de moi.

-"poses ta tête sur mon épaule" 

Je me blottie contre lui. Il entame des petits mouvements lents circulaires, très doux en me disant :

-" tu es lourde". 

J'essaye de le comprendre comme il faut, sans me dire que je suis "trop" lourde mais juste que je dois m'alourdir d'avantage. J'essaye de tout faire comme il faut pour entrer dans le truc. Je me sens si bien dans ses bras. J'imagine les autres filles qui sont passées dans ses bras avant moi et me dit qu'il a du en satisfaire pas mal, j'ai envie de lui déjà...

Il me balance par saccade pour voir si je suis assez relâchée, je crois que je résiste encore trop à son goût mais il fini par me poser la tête sur les serviettes et me caresse en partant des cuisses avec ses grandes mains douces à plat, pleines d'huile avec toute leur surface en contact avec moi. il passe prés de mon entre-jambe et remonte sur mon ventre, tout doucement remonte entre ma poitrine, ses mains vont longer mes épaules et mes bras jusqu'au mes mains, jusqu'au bout de mes doigts. Il fait cela trois fois je crois. À chaque fois qu'il passe prés de mon entrejambe, je frémis d'envie.

Il prend une de mes jambes et place ma cheville sur son épaule, il repart sur mes orteils et je me contiens pour ne pas être chatouilleuse, il glisse sur ma cheville et mon mollet, longe ma cuisse et remonte sur mes fesses, passe encore une fois tout prés, entre mes jambes. Lorsqu'il poursuit son geste sur mon ventre, passe ses mains tendrement et fermement avec tellement de volupté. Il fait le même geste trois fois du début du pied jusqu'au ventre en repassant par la poitrine, les épaule, les bras et les mains, sur chaque jambes relevées sur son épaule. Il retrempe ses doigts dans l'huile de temps à autre pour que cela reste toujours bien glissant.

Ensuite il me manipule en me prenant le poignet pour me tourner sur le coté. Il est tellement doux,...

Je suis sur un nuage, il sait exactement quoi faire et comment le faire.

Il me demande ensuite de me mettre sur le dos, la tête posée sur ses cheville croisées, il est assis en tailleur derrière moi. Il me touche le visage...ça va plus que bien.

Pour finir il me dit de me mettre sur le ventre et toujours assis en tailleur mais entre mes jambes cette fois ci, il se place sous mon bassin, ma croupe soulevée est totalement offerte à sa vue.

 

Il passe ses mains comme il sais si bien le faire des cuisses jusqu'à la nuque trois fois avant de rester concentré quelques instants sur ma nuque, mon dos, mes reins, mon bassin, mes jambes, cuisses fesses et viens faire entre mon anus et l'entrée de mon vagin des huit allongés, symbole de l'infini...

C'est divinement bon, je me sens gonflée d'excitation et me doute bien qu'à se stade cela doit se voir de manière évidente. Je pourrais presque jouir s'il entrait plus en moi dans cette position...


Il s'enfuie quelques instant faire quelque chose dans l'autre pièce me laissant étendue sur le lit en train de sourire béatement. Lorsqu'il revient il s'allonge à coté de moi et me regarde dans les yeux en souriant, il me demande mes impressions, j'essaye de lui dire les phases par lesquelles je suis passée. On papote brièvement mais l’excitation est palpable et nos bouches se rencontrent enfin...

La suite, je le garde pour moi. Ce que je peux vous dire, c'est qu'il est très doué. J'avais encore le lendemain, des réminiscences de désir, mon corps réclamait encore. Sans avoir l'occasion d'un instant de plaisir, le surlendemain j'ai eu un orgasme spontané : des contractions successives se sont enchaînées sans raisons particulière à un instant où j'étais détendue.

lundi 24 avril 2023

"Mélodie pour une Muse" avec Lady Erell.



Lady Erell, blogueuse et photographe.

Je la connaissais un peu de nom, vue quelques une de ses publications. Elle est venue chez moi un après midi pour poser. Je crois que cela sera le début d'une belle amitié car nous avons bien trop de points communs pour ne pas nous revoir et refaire des projets créatifs ensemble. J'ai été tout de suite sous le charme, non seulement de son sourire et sa lumière, une tonalité ocre argentée qui m'a aussitôt inspiré. Au fil de la conversation, cela se confirme. Elle me plaît! Nous avons tant de chose à nous dire...Elle me transmet ce qu'elle a appris des réglages photos, je bois ses paroles en essayant de rester concentrée pour comprendre et retenir. Nous avons eu du mal à nous quitter. Je crois que nous allons bien nous amuser, de plein de manières, à travers des collaborations créatives en photos notamment.

J'ai eu envie pour cette série de partir des lignes du tatouages déjà présentes sur son dos pour y insérer une silhouette de guitare électrique.

Lady Erell by Anouchka
Lady Erell by Anouchka


Lady Erell by Anouchka
bout de corps de Lady Erell by Anouchka
Lady Erell by Anouchka
Lady Erell by Anouchka









samedi 10 décembre 2022

Credit Photos Anouchka Farland "Body Symphonie"

Body painting et crédit photo by Anouchka Farland


 Un après midi gris à Paris, j'arrive chez ce petit couple de modèles anonymes. Elle a vu les photos de la série "Body Symphonie" et voudrait bien quelque chose dans ce genre là. Pas de studio, pas de matériel compliqué, juste capter l'instant en lumière naturelle. J'essaye de m'appliquer sur les cadrages pour compenser le bruit, le grain, le manque de netteté...comment rendre la complicité visible en image? rendre visible l'émotion? à vous de me dire si j'y suis parvenue...

 

modèles anonymes, crédit photos by Anouchka






jeudi 8 septembre 2022

 

Les imberbes peuvent ils se mettre à poil?

Voudriez-vous des poils ou pas de poils en bas?

Le langage des poils comme expression de la personnalité.


Cela fait deux fois dernièrement que j’entends des mecs me dire

-"ha c'est cool, toi tu as gardé des poils, tu n'as pas cédé à la mode de la moule à zéro."


heu...ça dépend en fait, là il se trouve que c'est ainsi mais j'ai des périodes. Et pourquoi je décide de tout retirer? Pour voir comment ça fait, si cela m'irait bien, finalement pas tant que ça; alors je laisse mon ticket de métro que je crois intemporel alors qu'il est clairement la marque de l'époque dans laquelle ma chatte à grandi.


En tant que meuf, on a envie de tester vos réactions de mecs, on pense que cela sera apprécié, on se dit que cela doit avoir un coté pratique pour les cunis, pour faire plaisir aux obsédés de la peau lisse, que cela va de paire avec une hygiène irréprochable...tandis que d'autre diront "cela fait trop enfantin, on veux des femmes, pas des fillettes".


Il y a plus de dix ans, j'avais posé la question dans un sex-shop à Paris quel est le produit le plus vendu, le plus demandé...et c’était les vidéos des années 70 à ma grande surprise, celles ou les meufs ont des barbes entre les jambes. Le vendeur m'expliquait que c'était devenu rare donc convoité. Je me dit, tout comme un générique de dessins animés de notre enfance qui nous replonge dans l'époque sécure de l'insouciance de la jeunesse, la touffe de poil parle d'une époque qui nous apaise.


L'influence de la pornographie. (la minute parodique)


Une petite ligne fine au milieu? un V, un cœur, des strass, des paillettes, des tatouages, des piercings...

Personnalisation, customisation, tuning de votre chatte en tuto...

Votre chatte est le reflet de votre personnalité, répondez à notre test en ligne pour tout savoir, nos coach sont là pour répondre à toutes vos questions...photos avant/aprés, témoignage de membres satisfaits. (fin de la parodie)


Alors fait t'on cela pour faire concurrence à nos rivales virtuelles aux corps "parfaits"? Pour avoir l'air d'une pro? Pour vous faire plaisir? Pour nous plaire et nous sentir à la page, bien dans notre époque, "à la mode"?


Sociologie des poils pubiens.

Les poils pubiens à travers l'histoire contemporaine. (2000-2020)


La révolution du porno amateur

Madame tout le monde, la girl next door, la voisine qu'on croit reconnaître dans Jackie et Michelle...Naturelles, soignées, sophistiquées, il y en a pour tout les goûts, témoignage de la variété possible, surprise de la découverte.


Le porno chic

Les codes du "bon goût" lingeries fines, dentelles, perles, porte jarretelles, talons, matières nobles, physiques standardisés


Le gonzo

Pluie d'images, flot continu, abondance, profusion, lâcher prise possible par la saturation.


Le dark net

Le tabou, l'interdit, le choc de l'image sensationnelle, la virée border line, le risque du dégoût, l'envie d’adrénaline, le besoin de transgression comme ultime liberté.


L'apport des connaissances anatomiques sur le clitoris

Ma grand mère disait toujours : "quand on a pas de tete, on a des jambes", comme le clitoris. On apprécie les massages derrières les oreilles mais aussi derrière les genoux. Alors déja que trouver le clito c’était tout une affaire, comment penser qu'il existe une partie cachée...la rendre accessible, plus "visible", sans poils cela devient aussi évident que le nez au milieu de la figure.


et nos poils dans tout cela?


Pas la peine d'en faire tout un plat,

qu'en en ait ou pas

la question est un faux pas

car devant la femme qui avouera

son épilation pas mise à jour

je ne connais aucun homme qui

dirait "si c'est comme ça, je ne veux pas"


Faites les choses pour vous même avant tout,

On croit parfois à tord que cela correspond aux désirs de l'autre

alors que notre représentation du désir des hommes est passé par ce qu'ils ont laissé visible uniquement. N'y voyez aucune injonction, même si on vous demande "tu es toute lisse en ce moment?" vous êtes libre, libre, je répète encore une fois, nous sommes libre...


Faut il plaire aux hommes pour s'en sortir? Est ce encore un monde d'hommes?


Il est vrai que le même conducteur qui m'a arrosé cet hivers m'a laissé passer gentiment cet été parce que je porte un short. 

Il est vrai que tout mes entretiens avec des employeurs hommes se sont très bien passé.

Cependant le monde est plein de femmes qui me détestent de vouloir plaire aux hommes. Elles peuvent être moins courtoises en voiture, moins conciliantes au travail, leurs yeux semblent me dire parfois : "Who run the world? GIRLS!"

Alors finalement on pourrait dire oui et non, mais surtout non.

Plaire aux hommes ne peux pas être un but, nous plaire à nous même, sans narcissisme outrancier mais simplement pour pouvoir s'accepter, au milieu du regard des autres mais sans en être dépendant.

samedi 29 janvier 2022

Récit de "la balançoire"

  


C'était l'époque où je posais, j'étais contactée par des personnes qui avaient vu mes photos sur le net et me proposaient des choses. Une fois, c'était un duo de mecs dont l'un était encordeur et l'autre photographe. Je ne les connaissait que d’après leur page respective sur le net, un aperçu de leur "travail". Le rendu spectaculaire m'avait intriguée et donné envie d'entrer dans cet univers.

On avait échangé quelques mots, fait un plan général de comment la séance se déroulerait :

En extérieur, prés d'un plan d'eau, pas de nus ni de suspensions pour commencer. Ambiance romantique dans le style printemps japonais.

J'avais très envie de trouver un encordeur plus lumineux que celui qui m'avait initiée.

La première expérience trop ténébreuse pour me donner envie d'y retourner m'avait laissée un nefs coincé. Toute les questions médicales et précautions comme être accompagnée, avoir des ciseaux, n'avaient pas suffi à éviter une sensation de mort imminente lorsque par surprise je me suis retrouvée suspendue nez au sol les pieds en l'air.

Emmanuel dégageait quelque chose de rassurant, son allure de dandy peut-être : chaussures élégantes, petites lunettes fines au bout du nez, ses propos mesurés, posés. Il n'hésitait pas à vous sonder du regard. J'ai été tout de suite troublée, attirée.

Son entente avec Olivier le photographe participait à mettre une ambiance amicale.

Nous avions rendez vous à la sortie d'une gare, pour monter dans une voiture et aller dans un petit coin de nature. J'avais ramené de quoi me changer, ne pouvant porter ma petite robe beige transparente dans les transports en commun...encore moins avec des portes jarretelles en dessous.

Arrivés sur place, chacun s'affère à son matériel, Olivier fait ses réglages lumières, Emmanuel sort ses cordes tandis que je me change à peine cachée derrière un arbre. Heureusement les seuls passants se trouvent de l'autre coté du point d'eau.

Tout est en place, enfin presque. Il reste à m'encorder et me placer dans le décor.

On choisi le spot, Emmanuel s'approche en plongeant ses yeux dans les miens, son regard me transperce et je me sens déjà toute chose...fébrile, prête à me livrer.

 

crédit photo Olivier Parent

crédit photo Olivier Parent

Ses mains commencent à œuvrer et je pars aussitôt dans un autre monde, un endroit jamais atteint même en plein en méditation. Tout mes sens sont en éveil, je respire l'air frais des sous bois par la peau de mes cuisses, de mes fesses brûlantes exposées à la brise. Je ne suis plus que respiration lorsque sa peau effleure la mienne, contraste avec la corde rêche qui m'enserre.

Comprimée et à l’abri de la réalité, muette je supplie en plissant les yeux, qu'il passe sa main entre mes jambes. La tension du désir m'électrise. Mais il savoure sa victoire sans en profiter, me laisse haletante lorsqu'il me dépose à l'endroit choisi pour prendre la pose. 

 

crédit photo Olivier Parent
crédit photo Olivier Parent

Les photos sont superbes, les lumières le décors, la tenue, la pose, et mon air ingénue à son paroxysme. J'adore! On est tous enthousiastes et poursuivons vers une allée arborée pour créer un effet de perspective en arrière plan.

L'entente est parfaite, Olivier en voyeur très discret nous laisse carte blanche. Emmanuel me propose une semi-suspension, avec un appui au sol. Il réfléchi à comment réaliser une sorte de baudrier dans lequel je serais assise. Il verrait bien une de mes jambes repliée, tenue par les cordes.

Je lui répond par un sourire, des étincelles plein les yeux.

Il passe ses bras autour de ma taille pour mettre la corde en ceinture, s'abaisse accroupi sans cesser de me dévisager et m'enserre le bassin, s'enroule sur ma cuisse...passe son avant bras entre mes jambes pour tirer le bout de cordes filoché contre ma peau fine, presque moite à cet endroit.

Il se relève et en tirant un peu vient resserrer le tout et les cordes impriment leur tissage dans ma chair. Je suis le flot sanguin qui afflue et me donne très chaud. Il glisse ses doigts entre la corde et ma peau de la cuisse pour vérifier que cela ne sert pas trop...il va faire le tour, il va passer entre mes jambes...il me trouble, m'effleure à peine, juste l'instant suffisant pour vérifier que je suis trempée.

À ce moment, bien sur il s'éloigne...je suis à bloc, prête à poser.

Je me tortille sur la corde, je sens qu'il m'en faudrait peu pour partir.

Le baudrier est tellement confortable que toutes sensations douloureuse se transforme en stimulation sensuelle. J'ai l'impression que les cordes sont un prolongement de ses mains et qu'il me tiens comme une perle dans une coquille, grain de sable s'enroulant dans la nacre...

Je lève ma jambe du sol, dirigée à travers mon voyage cosmique par la voix d'Olivier qui fait des suggestions. Et me voilà suspendue, à faire l'amour à une corde au milieu de la foret, devant deux hommes rencontrés à peine deux heures auparavant.


crédit photo Olivier Parent

crédit photo Olivier Parent

crédit photo Olivier Parent








vendredi 6 mars 2020

"La ville en dessous." recit de ma première descente dans les galeries souteraines de Paris.


La ville en dessous.







Un soir de juillet, j'attends chez moi, mes affaires sont prêtes. J'ai mis dans mon sac à dos de collège tout ce dont je pourrais avoir besoin : à manger, à boire, de quoi avoir chaud, s'éclairer et se couvrir la tête. J'attends avec une pointe d'impatience, il est presque 22h et Alexis n'est pas là.
Je retourne encore aux toilettes par prudence. Ça sonne, c'est lui. On vérifie les sacs. Pistaches, eau, alcool en cocktail épicé qu'il a préparé. J'aurai à porter deux bières, de la piémontaise, du tabac, un pull, des piles...

C'est Alexis qui m'a parlé des catacombes.
J'avais déjà vu quelques photos sur internet qui m'avaient intriguée et rappeler la spéléologie.
Plus tard, chez lui, j'ai vu un agrandissement du plan du réseau accroché au mur. Puis c'est en rangeant mon placard où sont toutes mes chaussures qu'il m'a dit en voyant mes bottes en caoutchouc que j'ai depuis l'internat à St Étienne «  et bah, t'es bonne pour descendre aux catas... »

Ce soir on y va, j'ai envie de voir, de savoir, de sentir par moi même.
Il y a quelques jours, lors d'un pic-nique géant avec des amis devant la tour Eiffel,
le sujet est revenu. Une jeune femme à qui je suis présentée demande à Alexis :
- « Alors? Quand est-ce qu'on retourne aux catas? » Alexis me regarde et dit
« Justement on en parlait, faudrait voir à faire ça prochainement, Barbara voulait y aller aussi. » Quelques jours plus tard, un message circule sur internet comme une mise en garde ayant pour but de décourager : « N'y aller pas si vous avez peur de vous salir, de vous mouiller... »
joint une liste de matériel asses longue comme pour un départ en camping ou bien un kit de survie.

Nous somme fin prêts et devons rejoindre ses amis qui nous attendent déjà. L'air enjoué nous prenons le métro avec nos sacs à dos chargés. J'ai déjà mes bottes aux pieds, mon jean noir par dessus les font passées inaperçues. Comme souvent quand je me fait guidée, je ne me souviens pas très bien du chemin, premier changement à nation puis vers le sud, deuxième changement quelques stations plus loin puis nous sortons du métro et marchons dans la ville qui ne dort pas encore. La nuit est déjà bien présente, paisible soir d'été.




Alexis me dit que l'on va bientôt arriver à un pont qui surplombe une vieille ligne de chemin de fer. La petite ceinture : faisant le tour de Paris cette ligne servait autrefois de transport de marchandises et de voyageurs mais désaffectée elle est redevenue complètement sauvage depuis les années 1990. Il y a un mur pas très haut à franchir. Alexis passe en premier et saisis mon sac pour m'aider. Je jette un coup d'œil autour, pas de voiture, personne. Pour me hisser je saisis la pierre, passe ma jambe de l'autre coté, à califourchon je vois l'obscurité de l'autre coté. Il est plus bas que moi, ce qui me fais supposer de la hauteur du sol. Je dois me laisser glisser sur le ventre sans savoir quand mes pieds toucheront le sol. Premier roulement de tambour dans mon cœur. Ça y est, j'y suis.
Il faut longer la corniche pour accéder aux marches qui mènent à un lieu où la végétation a repris possession d'une construction humaine, certainement une veille gare. Dans l'air du soir, beaucoup de senteurs boisée se révèlent: les mûriers, les ronces, le lierre. Le long des voies, les rails sentent le métal, les pierres la poussière humide.

C'est un lieu qu'il connaît bien, chez lui me dit il. Nous marchons sur les lattes en bois vers un tunnel plus loin ou il semble que l'obscurité devient compacte. Il me montre des petites lumières dans la profondeur de la nuit en disant qu'il y a des gens qui entrent ou sortent mais je ne vois rien que deux points blancs au loin. Après avoir franchie l'entrée du tunnel, l'obscurité se fait plus intense. Avant de poursuivre nous faisons une halte pour que Alexis se change.

Il enfile ses bottes, ses cuissardes, il me donne une lampe frontale que je place sur mon bonnet, et une autre dite « Mag-Light » que j'accroche à mon jean. Les sacs refermés sur le dos nous pouvons y aller. Encore quelques mettre de marche sur les lattes du chemin de fer. Ces lattes sont justement espacées pour que je puisse placer mes pieds dessus à petits pas. Une fois le rythme pris c'est plus facile d'avancer dans le noir.

Alexis me dit « C'est là! » en me montrant une cavité basse, il m'invite à y aller la première. Je lui souris avant de me courber pour y aller. Je pénètre dans le souterrain obscure où le sol est terreux, je regarde la galerie à ma droite et vois l'éclat des lampes au fond, des voix qui se rapprochent. Un couple arrive vers moi, je m'écarte pour les laisser passer en les saluant d'un bonsoir. Alexis est derrière moi; il me dit « C'est par là » en montrant le seul chemin possible : tout droit. Ensuite nous prenons un autre couloir sur la gauche, la galerie maçonnées éclairée par la lampe frontale a une couleur gris bleu. Je vois une plaque avec le nom d'une rue mais aussi des dates gravées dans la pierre : 1850, 1870, 1780. Les murs recouverts de graffitis superposés me donnent une idée du nombre de visiteurs qui ont voulu laisser une trace de leurs passages.

Un groupe arrive dans notre direction, ils ont les baskets brillantes d'humidité. Alexis les appelle les pieds mouillés. Un garçon métisse parle avec un cheveu sur la langue, il mène le groupe vers la sortie. Alexis est surpris de les voir partir au moment où nous entrons, ils échangent quelques mots sur les salles que le groupe a vu et les gens qu'ils ont croisés.
Chacun reprend sa route, le métisse suivi de deux jeunes filles habillées en noir dont l'une porte un tee shirt où est imprimé le A de Anarchie, tandis qu'un autre jeune homme ferme la marche.
Nous continuons à marcher tout droit, sur les cotés nous passons devant plusieurs galeries qui croisent celle dans laquelle nous progressons. J'avance en jetant quelques coup d'œil. Alexis me dit «  n'hésites pas à poser des questions » mais pour l'instant, je reste sans voix, il me faut du temps, je préfère observer d'abord.

Alexis regarde son plan asses rarement car il connaît bien le chemin. Nous marchons jusqu'à ce que le sol soit plus humide. Nous sommes à un passage appelé « Banga », le bruit des bottes dans l'eau ressemble à un clapotis mais bientôt mes pas deviennent incertains, il faut veiller à ne pas glisser sur les rochers. L'eau arrive à mi mollet et pour ne pas se mouiller il faut désormais longer les parois, poser les pieds sur les pierres qui affleurent la surface et faire de grandes enjambées. La largeur du couloir permet justement de poser les pieds de part et d'autre du ruisseau qui sillonne sous mes jambes. D'où le nom du lieu en référence à une publicité pour une célèbre marque de boisson aromatisée du même nom.

Par endroit, même en faisant de grands pas, si je marche trop vite ou sans soulever mes pieds suffisamment cela fait des vagues et l'eau se met à mouiller mon pantalon retroussé à hauteur du genoux. J'essaye de passer sur le coté au plus près du mur et de suivre Alexis devant moi. Trop tard. J'ai fait un pas dont l'écart trop large à fait rentrer de l'eau dans l'une de mes bottes et bientôt voilà que l'autre se remplie aussi. C'est frais et surprenant mais il faut poursuivre car nous sommes attendus.

Après ce passage, la marche sur terrain sec reprend un rythme plus soutenu. Sur le coté, en bas du mur, une petite rigole a été creusée, elle est pleine d'eau. Plus loin je découvre un puits creusé à même le sol dont l'eau a été troublée par notre arrivée. En pointant la lumière vers la cavité, je ne parviens pas à voir à plus d'un mettre.

Nous arrivons prés d'une salle appelée « le château ». Nous y faisons une halte et rejoignons ceux qui sont à l'intérieur : deux couples et un jeune homme qui roule. C'est le bon moment pour ouvrir une bière et fumer une cigarette. J'écoute les conversations, Alexis et le jeune homme parlent des salles qu'ils connaissent, des entrées praticables, de celles qui ont fermées. Les couples plient bagages et reprennent la route. Nous aussi, nous sommes attendus et il reste du chemin. Avant de partir je me rapproche du château construit au fond de la salle. Depuis mon arrivée je le regardais ainsi que les têtes de gargouilles sculptées dans la pierre. C'est un travail soigné. Je place une bougie prés du château ce qui lui donne plus de profondeur et permet d'apprécier plus nettement le relief de la pierre. C'est une construction conséquente. Sa taille respectable me fait penser à une forteresse médiévale. Bel ouvrage.


Après avoir pris le temps de s'embrasser un instant, nous reprenons notre chemin. Le rendez vous a été donné dans une salle précise. Alexis espère que ses amis y seront encore, il faut presser le pas. Les kilomètres de galeries se succèdent, parfois le plafond plus bas oblige Alexis à se courber en avant. Je fais comme lui puis, peu à peu je me redresse et m'aperçois que le plafond est juste à quelques centimètres de ma tête. Pour une fois que ma taille semble adaptée, cela me fait plaisir de ne pas être handicapé par mon corps. C'est comme si pour la première fois je trouvais un endroit où ma taille est un atout.

Cela fait déjà presque deux heures que nous marchons et je me fais la remarque que je serais bien incapable de trouver mon chemin pour rejoindre la sortie. Mon téléphone étant éteint, il m'est impossible de savoir l'heure avec précision et donc de me situer dans le temps. D'ailleurs Alexis m'a prévenu, la question tabou à ne jamais poser quand on est « en bas » c'est « quelle heure est il? »

Il m' est assez difficile de ma remémorer les souvenirs de cette descente chronologiquement. C'est comme si les souvenirs, eux aussi, avaient garder l'emprunte du trajet labyrinthique. Je me souviens avoir croisé un groupe peu après la salle du château, d'un pas pressé avec une destination précise, plusieurs jeunes gens suivaient les instructions de leur guide. Celui ci menait la visite à la manière d'un guide touristique, avec son plan à la main. Le groupe qu'il accompagne semble d'ailleurs être assez novice. Nous les croisons à plusieurs reprise, parfois à quelques couloirs à écouter les commentaires ,parfois devant nous ouvrant la marche avec plus de lumière. Alexis pense que nous allons peu-être au même endroit. Je crois comprendre que la coutume locale est plutôt ouverte au contact pourtant le guide de ce groupe ne semble pas vraiment dans son éléments ici. Il échange de façon brève avec Alexis sur le trajet qui mène à la salle recherchée puis très vite il dit «  bon allez on reprend la marche! » et s'en va suivi de ses touristes. Nous les suivons de toute manière car nous allons dans la même direction.

Après plusieurs minutes de marche, longeant différents couloirs et galeries maçonnées, nous arrivons à la salle qui devait être le lieu de rendez vous. Lorsque nous y entrons il n'y a personne, juste une petite bougie posée le long de la paroi chancelle encore et rend compte de l'espace de la pièce. Cette pièce s'appelle « la salle des bites », pourtant seul un vestige brisé, taillé dans la roche du mur, indique que cette salle disposait autrefois de phallus sculptés dans la paroi. L'inclinaison, la hauteur et les proportions de celle dont il ne reste plus que la base, indique sa possible utilisation.

Nos amis ont certainement du rejoindre le deuxième lieu de rendez-vous : le cabinet minéralogique.
J'imagine alors le bureau de Jules Verne, avec posés sur des étagères les pierres taillées, sculptées de quartz, granit, améthyste dont la coupe de la pierre brute permet de découvrir le scintillement et l'éclat des facettes. J'imagine des minéraux précieux, des lampe à sel à la lumière chaude rose orange...

Ne traînons pas, nous sommes déjà bien en retard, nous dépassons le groupe de touristes qui s'est arrêté pour écouter les explications du guide. Finalement du lièvre ou de la tortue, nous avions l'air moins pressés mais avons gardé une allure constante malgré nos nombreuses explorations.


J'entends une grosse voix au fond du couloir. Joyeusement quelqu'un accourt dans notre direction. Il crie « Simonka! Ouvres une bouteille! Je les ai trouver! » Il est même plus que joyeux, parlant fort et prenant d'un coup tout le volume sonore que peux contenir le couloir. Raphaël s'écrie « Je savais que c'était toi, j'ai entendu un mec parler comme ça, je me suis dit « je connais ce mec ». Son débit de parole tranche avec la sérénité qui régnait avant son arrivé. Il dit qu'ils ont bu une bouteille de vodka à deux en nous attendant et que c'est de la faute d'Alexis, qu'il est resté à l'heure brésilienne et qu'il arrive toujours avec 4 h de retard. Il me prend à témoin et me demande de confirmer. Il n'y a pas de place pour faire entendre ma petite voix alors je souris bêtement comme pour dire que je suis désolée. Raphaël se met à jouer Alexis expliquant chaque pierre, chaque recoin à la manière d'un archéologue.

Il me fait rire avec son entrain communicatif. Au bout d'un moment il reprend son souffle pour me faire la bise et se présenter. Alexis confus de son retard tente de dire qu'on est rentré tard et qu'on a du passé dans la salle des bites peu après leur départ. Mais Raphaël fais beaucoup de bruit sur un autre rythme, le redbull et la vodka lui ont donné une énergie considérable. Il avance à grand pas en criant « Simonka ouvres une bouteille! » lorsque j'arrive dans la salle je reconnais tout d'abord la jeune fille que j'avais rencontré au pic nique du champs de mars. Elle me fait la bise en souriant. Le jeune homme qui roulait au château est là aussi, seul dans un coin, il roule.

C'est le moment de poser les sacs, fumer une petite cigarette, sortir à boire et trinquer ensemble. Des tapis de sols en mousse laissés là par d'autres visiteurs nous permettent de nous asseoir au sec, en s'isolant du froid humide de la pierre. Alexis sort son cocktail épicé au jus de fruit, Raphaël demande si c'est buvable, il connaît déjà bien mieux que moi les expériences corsées au piment qu'Alexis confond parfois avec du paprika...Simonka qui ne s'est pas fait prier pour goûter détache sa bouche du goulot pour dire « c'est bon » d'un air étonné et en boit à nouveau une grande gorgée avant de ma la tendre. C'est vrai que c'est bon.

Je repense aux racines que j'ai vu traversant la roche pour pendre aux dessus de nos têtes, les petits fils entrelacés dans lesquels des gouttelettes translucides sont suspendues. Je repense à cette salle, basse remplie de colonnades serrées à perte de vue. Pas évident de se remémorer le trajet déjà, surtout quand Raphaël parle plus fort que la musique. Plusieurs groupes nous ont rejoint dans la salle. Un groupe de jeunes hommes entrent en riant, ils saluent chacun en se présentant. L'un d'eux à un appareil qui fait de la musique, tout comme le mec qui roule au fond mais le volume ne permettait qu'à lui d'en profiter, le nouvel appareil et la voix de Raphaël ne lui permettait peu être plus d'en profiter.

Simonka revient des toilettes et nous préviens qu'il y a eu des fumigènes, et moi qui venait de dire à Alexis que je voulais y aller...mais il faut voir ça! On y va, Alexis m'accompagne, à trois pas de l'entrée c'est déjà le brouillard « ils ont mis des fumis dans le cabi-bis » Le cabinet bis est une salle qui a été creusée plus récemment juste à coté du cabinet minéralogique. J'avance dans l'épaisse fumée, heureusement ça ne sent pas mauvais. Le faisceau de lumière de ma lampe ne va pas plus loin qu'un mettre, elle est trop faible pour pénétrer l'épaisse atmosphère. Mes pas se font incertains, j'écarte les bras pour le localiser par rapport aux parois quand ma main rencontre celle d'Alexis, j'entends son rire et son écho. À cet instant magique on voudrait bien figé le temps par un baiser. Alexis me dit « tu vas trouver une galerie à droite bouchée par du remblai au fond » j'y vais seule, marche dans le couloir qui tourne et trouve une galerie bouchée au fond, j'y avance...je me sent bien seule à cet instant. Le silence me laisse même entendre mon souffle. Je me presse de trouver un petit coin et me rhabille aussitôt ma vessie vidée. Alexis n'est plus visible, au son des voix qui me parviennent droit devant je revient sur le chemin que j'avais emprunté. En se rapprochant de la salle, le chemin devient plus tortillard, à gauche, à droite, le chemin est étroit entre les blocs de roche et semble faire des zigzags.


Le retour dans la salle est marqué par le bruit des nombreuses personnes présentes, fumée et lumières. Alexis n'est pas là...devant moi Raphaël parle aux touristes venus avec leur guide que nous avons croisés tout à l'heure. Il leur parle des marches. Dans le cabinet qui est une petite salle rectangulaire s'élève un escalier, il monte jusqu'au plafond. Quand on regarde attentivement, on remarque que les marches sont trop petites pour qu'on puisse les gravir. Nombreux furent ceux qui se sont casser la gueule, lui même s'était bien vautré nous dit-il. D'ailleurs c'est à la suite d'une chute que deux des marches ont été endommagées, depuis elles ont été refaites et c'est pour cela qu'elles ont l'air moins émoussées. Sur les marches se trouve un crane humain et un os, différentes bougies sont posées. Je vois Alexis en allumer une, c'est bon de le revoir.

En l'attendant j'avais entamé la conversation avec Simonka qui aime bien mes bottes. Elle me dit qu'elle travaille en montant des expositions dans une galerie d'art. Elle espère que les artistes qu'elle expose vont marcher, que son expo attirera le public. Plus tard, Raphaël se rapproche, Simona lui tend sa cigarette, elle lui ressert un verre en l'appelant « Pratcho » ou « Pradcho » qui voudrait dire gros cochon en bulgare. Un des mecs présents dit qu'il est allé en Ukraine et s'en suis une conversation sur les origines de chacun, les endroits où l'on est passé. C'est la coutume ici, souvent lorsque les gens se rencontrent en bas ils se demandent « Par où t'es entré toi, vous allez dans quelle salle? »

Dans le coin il y a toujours le mec qui roule. J'ai bien envie de fumer aussi, je lui dit que j'aurai du ramener en conséquence mais étant ma première descente, je n'ai pas pensé à tout. Il me tend sa main repliée sur le bout des doigts et me dit « tu veux rouler? » J'accepte et commence à effriter dans ma main. Alexis viens vers moi et commence et discuter avec le rouleur. Mais Simona et Raphaël plient bagage, ils veulent bouger, aller dans la salle où ils ont prévu de dormir. Je me dépêche de rouler remercie l'inconnu au crane rasé pour le geste de partage. Je propose à Alexis qui accepte quelques lattes quand Raphaël presse qu'il est temps de bouger. Alexis échange encore quelques mots et dix minutes s'écoulent quand Raphaël et Simonka nous crient qu'ils s'en vont. « Attendez on arrive » Nous plions vite nos sacs et suivons le groupe qui s'est additionné du mec en combinaison étanche qui est allé en Ukraine.

Nous revoilà parti à marcher à la file indienne dans les couloirs, Raphaël devant donne le rythme de la marche. Pour le suivre il ne faut pas traîner. Il répète le nom de la salle où il se dirige « Anschluss! Nous on va à Anschluss! » répond-il aux jeunes hommes qui lui demandent « vous allez où? » L'un d'eux dit  « Mais? nous aussi on y va » pourtant lorsque nous les croisons, ils marchent à l'opposée du chemin que nous prenons. Raphaël avance vite, c'est amusant de se suivre ainsi, de marcher dans les pas du précédent. J'essaye de maintenir le même écart avec la personne devant moi. Les garçons échangent quelques mots se demandent si l'entrée est toujours praticable à tel endroit, se racontent comment ils sont sortis en pleine rue devant une épicerie. Raphaël décide d'accélérer le rythme en se mettant à courir. Nous le suivons sur plusieurs couloirs en essayant de ne pas perdre de vue les lampes qui brillent au fond du tunnel, lorsqu'il y a plusieurs virages successifs. Je me repère aux sons des rires de Simonka et du jeune homme qui cour derrière Raphaël. Parfois il s'arrête pour vérifier qu'on suis toujours. À la première halte nous sommes toujours ensemble. À peine arrivés Raphaël se remet à courir et nous de le suivre.

Le groupe qui semblait perdu marche désormais derrière nous. Les couloirs se suivent et ne se ressemblent pas. Au rythme du footing, il devient plus compliqué de contempler les différentes constructions de pierre et pourtant je contemple le paysage qui s'offre à moi. Le fait de marcher réchauffe vite et bientôt je sens que j'aurai besoin de trouver encore un petit coin. Alexis qui marche derrière moi me montre une galerie bouchée, j'y vais vite et quand je ressort j'entends la voix de Simona qui appelle « Alexis? » Je réponds « on est là » pourtant Alexis n'est plus là. Si, le voilà. Il ressort lui aussi d'un autre petit coin.

Simona et le jeune homme en combinaison nous attendent au prochain croisement. Je leur demande : « Raphaël n'est pas avec vous? »- « ba non, on s'est arrêté pour aller aux toilettes et il a continué. » Simona semble soulagée par la présence d'Alexis, elle le connais mieux qu'elle ne connaît le jeune homme ou moi même, cela doit la rassurer, surtout qu'il connaît les lieu mieux que nous et surtout, il est muni d'un plan. Alexis et le mec en combinaison pensent qu'il faut aller par là, donc on y va. La marche en file indienne reprend son rythme de croisière. À un croisement, un groupe nous dit « votre guide vous attend à Anschluss ». Rien de bien nouveaux pour nous mais c'est gentil de transmettre le message.

Nous marchons encore, la file s'allonge et les groupes se mélangent. Je me retrouve en tête de file marchant toujours tout droit. Derrière moi un des mecs qui était avec son groupe au cabinet minéralogique me suit, incertain. À un moment il me demande « Mais on va où là? » - « Tout droit. Tu veux aller où? Il n'y a que ce chemin... » il me dit « Mais t'es pas la fille qui descend pour la première fois? » Je sens son inquiétude grandir et cela me fait rire. Je lui répond « oui » en riant aux éclats. Il se retourne et repars dans l'autre sens à la rencontre d'Alexis en disant: «  Tu la connais cette fille? Je sais pas ce qu'elle a, elle arrête pas de rigoler »
Finalement Alexis réussi à le rassurer un peu, quand un de ses amis arrive le chercher. Ils repartent ensemble dans la direction opposée et nous repartons dans la notre.

Lorsque nous arrivons enfin à Anschluss, nous y trouvons Raphaël qui s'est déjà aménager son hamac en travers, le deuxième sera pour Simonka si j'ai bien compris. Un groupe se prépare à partir peu de temps après notre arrivée et nous commençons à déballer nos affaires pour manger un morceau. La piémontaise que j'ai préparé nous réconforte et vu la quantité, chacun peux piocher dedans autant qu'il veux, les sacs seront plus légers à présents délestés de presque tout les liquides, il nous restera quelques bières pour le petit-déjeuner. À Anschluss il y a une échelle qui monte jusqu'à une plaque d'égout, le seul endroit où il est possible de se servir d'un téléphone portable. Je décide d'y monter pour envoyer un message à ma cousine venue d'Ukraine pour qu'elle ne s'inquiète pas de mon absence.

Alexis constate qu'il n'y a plus de pitons disponible pour fixer son hamac dans cette salle, il me propose alors de venir avec lui à la recherche d'un lieu pour nous servir de refuge, le bunker allemand. Le lieu n'est pas très accueillant, par endroit le sol est recouvert de bois émietté, vestige de l'ancien plancher qui recouvrait le sol. Par endroit les salles sont encore muni de toilettes, de pancarte ou d'écriture indiquant « Rauchen verboten » interdiction de fumer. C'est dans un espèce de couloir qu'Alexis trouvera un piton dans la roche pour y accrocher son hamac deux places. Nous réunissons nos affaires dans un coin et nous faufilons l'un contre l'autre. Blottie dans ses bras, je n'ai pas de mal à trouver rapidement le sommeil, j'ai la sensation d'avoir passer la nuit à marcher, je suppose qu'il doit être prés de six heure du matin. Nous dormons quelques heures et malgré les courants d'airs, nous n'avons pas eu froid grâce à la couverture de survie.

Nous allons rejoindre Raphaël et Simonka à Anschluss, le mec en combi est toujours là lui aussi, il a dormi à même la pierre et a mal partout; Il roule un joint pour se réveiller. Les mecs commencent à parler du chemin à prendre pour retrouver la sortie, par ici c'est fermé, Ravage, le mec en combi nous dit qu'il a les clefs du cimetière du Montparnasse mais que pour y aller il ne faut pas avoir peur de se mouiller jusqu'à la taille, non merci. Un autre chemin nous ferais passer par les réseaux de Mont-souris, connus pour être dangereux à cause du risque d'affaissement du ciel de carrière, la plafond étant déjà tombé par endroit. C'est pourtant vers ce secteur que ce trouve une magnifique salle disposant d'une maquette de construction inca après un autre lieu qui s'appelle le bout du monde et qui porte bien son nom.

Nous sommes restés prés de 18h en bas. Nous avons bien cru que nous resterions bloqués à un moment. La plaque donnant sur l'extérieur ne s'ouvrait pas. C'était bloqué alors que nous venions de monter je ne sais pas combien d'échelles et de paliers pour arriver en haut. Finalement Raphaël a forcé avec son dos de mec costaud ( il y avait quelque chose de coincé sur un coté, mais il a fini par le déboîter) avant de ressortir prés d'un parc dont la fontaine a été mon oasis. Il était 18h, il faisait bien chaud dehors, nous étions tous tout salles, on s'est lavé brièvement à la fontaine et nous sommes allés nous sécher au soleil dans l'herbe du jardin du Luxembourg.

prototype de cartes de tarot de Marseille, Anouchka 2016